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Icone de publicationRetour sur une analyse d'affiche

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Catégorie : Cinéma

Je publie ici à nouveau un texte que j'avais publié sur mon ancien blog en août 2010, à l'occasion de la sortie du très médiocre Night and Day de James Mangold. Je n'avais pas vu le film à l'époque de la rédaction de mon post et si j'ai pu rattraper cette maladresse depuis (après tout il faut toujours prendre le temps de voir ce sur quoi l'on écrit, même si on ne parle que de l'affiche...), on ne peut pas dire que cela est venu grandement influencer ma cinéphilie !

Le couple en action : imagerie, esthétisme et sociologie ?

A l’approche de la sortie en France du dernier film de James Mangold (Copland, Identity3:10 to Yuma), Night and Day, certains d’entre nous se sont peut-être arrêtés devant l’affiche française du film. Tel a été mon cas et je dois avouer que tout de suite quelque chose ne m’a pas semblé « normal ». La construction esthétique de cette affiche m’a un peu gênée et je me suis posé la question de savoir ce qui dans ce poster d’un pur produit hollywoodien destiné à être l’un des blockbusters de l’été pouvait bien poser problème à mes yeux…

Night and Day

Réfléchissons d’abord à l’esthétique « habituelle » des posters de films d’action, mettant en scène des couples de stars, partageant l’affiche. J’ai choisi de ne retenir qu’un échantillon de posters représentant des éléments figuratifs proches de celui de Night and Day. Dès 1931, pour The Secret Six (réal. George W. Hill), Wallace Beery partage l’affiche avec Jean Harlow. Sur l’affiche reproduit ci-dessous, on retrouve un homme, une femme, une arme à feu (une seule – l’époque ne permet certainement pas la représentation d’une femme armée, que ce soit narrativement ou bien même si c’est le cas, sur une affiche). Les regards vont dans la même direction et la femme cherche très clairement refuge auprès de l’homme.

The Secret Six

En 1939, deux films reprennent une esthétique et une construction similaire, The Roaring Twenties (réal. Raoul Walsh) et King of the Underworld (réal. Lewis Seiler), avec une seule arme à feu là encore. Pour le premier, une légère différence, bien que les regards vont dans la même direction, celui de la femme est plus précisément dirigé vers l’homme et c’est dans son regard que l’on peut y lire les sentiments qui l’animent. Dans le second, les corps ne sont pas tournés du même côté mais se font face, dans un geste protecteur de l’homme, face à ce que les regards des deux personnages semblent craindre.

The Roaring Twenties

King of the Underworld

Dans des affiches plus proches de nous, dans les années 60-70, le rôle des femmes dans les couples en action vient enfin à changer dans la représentation. Pour Bonnie and Clyde (réal. Arthur Penn, 1967), les deux personnages sont côte à côte et regardent directement le « spectateur » potentiel du film, chacun une arme à la main. Il n’y a plus de dimension protectrice de l’homme envers la femme ou de regard enamourée de celle-ci pour celui-là. Pour The Getaway (réal. Sam Peckinpah, 1972), non seulement le personnage féminin est armé, mais en plus cette femme est représentée alors même qu’elle utilise son arme. Là les personnages ne regardent pas dans la même direction (ce qui peut s’expliquer aussi par le fait que les deux personnages n’appartiennent pas au même plan dans l’image), mais leurs regards sont quand même tournés vers l’extérieur de l’affiche, qui semblent abriter l’opposition évidente à laquelle ils doivent faire face.

Bonnie and Clyde

The Getaway

Puis arrivent les années 90-2000, où l’on se penchera sur cinq exemples, réunissant un peu tous les précédents, voire sont prêts à ouvrir de nouvelles voies d’illustration. Pour The Replacement Killers (réal. Antoine Fuqua, 1998), on reste dans une esthétique traditionnelle – l’homme protège la femme, ils regardent tous les deux dans la même direction – la petite nuance étant donnée à la taille du canon de l’arme qui vient clairement faire référence à ce jeu de perspective que déjà on avait pu remarquer dans The Getaway et qui très clairement vient « agresser » le spectateur potentiel.

The Replacement Killers

Pour Out of Sight (réal. Steven Soderbergh, 1998), si là encore l’arme est démesurément agrandie par rapport aux personnages, la construction visuelle de l’affiche est déjà plus étonnante, les personnages ne se regardent pas et ne regardent pas non plus dans la même direction, même s’ils regardent du même côté de l’affiche. L’arme n’est pas tenue par l’un ou l’autre, mais elle vient s’appuyer sur l’arrière de leurs « têtes », comme si ces dernières étaient l’autre profil de l’arme, celui que l’on ne voit pas… Il est intéressant de noter que le placement des visages n’est pas anodin pour une lecture potentielle du film : celui de Jennifer Lopez est situé au niveau de la gâchette de l’arme alors que celui de George Clooney au niveau de la bouche du canon du revolver, comme si la femme était celle qui pouvait tirer sur l’homme.

Out of Sight

Je me permets de faire une entorse à l’origine de mon corpus en introduisant ici un film policier de Hong Kong, Fulltime Killer (réal. Johnnie To, 2001). Cette affiche est intéressante à plus d’un titre car elle paraît traditionnelle dans son approche : une seule arme, un homme et une femme qui regardent dans la même direction, mais la différence est de taille, l’homme « aide » la femme à se servir de l’arme et son geste est tout autant didactique qu’il peut aussi avoir l’air protecteur…

Fulltime Killer

Pour Die Another Day (réal. Lee Tamahori, 2002), on revient au traditionnel, avec le geste protecteur en moins et la femme armée prête à utiliser son arme en plus, mais les deux corps et les regards font face au même danger. Cette déclinaison de l’affiche d’un James Bond est surprenante car elle place, quasiment au même niveau que le « super » agent secret, une femme, alors que celles-ci sont généralement conviées sur l’affiche mais dans des proportions bien moindres que celle du corps de l’homme.

Die Another Day

Notre dernier exemple sera celui de Mr & Mrs Smith (réal. Doug Liman, 2005), qui pour le coup éclate les conventions. Les deux personnages sont armés, mais ils ne se servent pas de leurs armes, tout au plus l’homme la tient-il. Ils regardent tous les deux vers le spectateur potentiel, mais leurs corps se font face ; enfin aucune velléité protectrice ou défensive ne les habite, bien au contraire, la femme est « tellement à l’aise » que sa robe fendue laisse apparaître une sorte de jarretière où elle a dissimulé son arme.

Mr. & Mrs. Smith

Alors revenons-en à nos moutons. Qu’en est-il de cette affiche du film de Mangold ? Eh bien, les deux personnages regardent dans la même direction, ils sont tous les deux armés (la femme a même deux armes, une dans chaque main), il ne semble pas y avoir en eux de geste particulièrement protecteur de l’un envers l’autre, si ce n’est que l’homme « tient » la femme dans ses bras. Cependant, deux choses viennent tout de suite à m’étonner. Le danger, de par leurs regards respectifs, appuyée par l’orientation du mouvement suggéré (ils sont sur une moto) et celle de l’arme de l’homme, suppose venir de la droite de l’affiche. Hors, les deux armes que la femme tient en main sont toutes les deux orientées vers la droite, et qui-plus-est dans des directions différentes (l’une vers le haut et l’autre tout droit). De plus le caractère penché de la représentation suppose un équilibre précaire. Finalement, cette affiche et cette position du couple en action ne sont pas là pour véhiculer un sentiment très rassurant ou du moins très confiant dans ce que ce couple est en train de faire… traduction logique du sujet du film semble-t-il… ?

Oui, mais voilà, nous avons affaire ici à l’affiche française du film. Si nous prenons le temps d’aller voir l’affiche américaine, celle-ci n’appartient plus du tout aux mêmes critères esthétiques ni même figuratifs, et pour preuve :

Knight and Day

Ici, mis à part leurs noms en haut de l’affiche, les acteurs qui incarnent le couple ne sont pas identifiables. Le silhouettage en blanc les anonymise complètement. Impossible de venir vérifier leur regard, ni même leur agencement l’un par rapport à l’autre, puisqu’ils semblent très clairement ne pas appartenir au même plan de figuration dans l’image. L’affiche ressort des couleurs et des constructions graphiques trèsseventies ou du moins très oldies dans l’image que l’on se fait « aujourd’hui » de l’esthétique de cette période. Si l’on retrouve le déséquilibre de la version française de l’affiche, il est ici clairement attribué à la silhouette masculine alors que la féminine a au contraire une position très « tenue ». Dans l’affiche française, des deux personnages au contraire, c’est la femme qui a la posture la moins assurée des deux… Cette idée de déséquilibre dans la version US vient faire d’autant plus sourire que le titre du film joue sur un jeu de mot entre Knight (chevalier) et Night (nuit). Ce jeu de mot est complètement abandonné dans le titre français qui en se « francisant », fait le choix – idiot à mon sens – de rester en anglais et ainsi de ne proposer qu’une seule lecture du jeu lexical d’origine.

Alors pourquoi avoir fait ces choix pour l’affiche française ? Le spectateur français moyen est-il moins capable de savoir qui est Tom Cruise et Cameron Diaz que son homologue américain et il s’impose donc de montrer le visage des deux stars de telle sorte qu’elles soient clairement identifiées ? Et pourquoi déplacer la gaucherie du personnage masculin sur le féminin ? Pour conforter un certain machisme français qui n’aurait en plus pas su apprécier l’ironie de la représentation accouplée au titre original (un chevalier gauche en est-il vraiment un ?), puisqu’on l’a privé de cette ironie en ne traduisant aucunement la valeur narrative du titre ? Il faut malheureusement croire que le distributeur français (ou européen, il faudrait vérifier l’étendue du « désastre », mais votre serviteur n’a pas poussé la réflexion jusque là…) tend à s’appuyer sur tous ces a priori pour vendre son film et réutilise pêle-mêle pas mal d’ingrédients de l’affiche du couple en action que nous avons vu précédemment, alors même que cette affiche est très éloignée de ce que sa version d’origine propose.

Comme quoi, même dans le merveilleux monde du marketing, la version originale est souvent meilleure que la locale…

Icone de publication2013 – Top Ten des films vus en salle

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Catégorie : Cinéma

De nouveau en ce début d’année, je vais me plier au jeu du Top Ten des films que j’ai vu en salles en 2013 (ne seront donc pas inclus les découvertes en DVD, BR, VOD ou à la télé). Cette fois-ci cependant, une petite entorse a été admise, puisque deux ex-aequos se partagent la dixième place.

Comme chaque année aussi, je vais essayer de commenter ce classement par une ou deux phrases rapides, forcément réductrices, mais s'efforçant de traduire au maximum mon engouement pour le film.

1/ The Grandmaster

The Grandmaster

Après une absence prolongée et un film en demi-teinte (My Blueberry Nights), WONG Kar-wai revient plus talentueux que jamais, dans un film hommage somme, qui va bien au-delà de ses images superbes et de sa mise en scène maniérée.

2/ Tabou

Tabou est une oeuvre dont les profondeurs thématiques, esthétiques et poétiques sont telles qu'on ne peut que s'y perdre avec délectation, pour en ressortir différent, transformé par une expérience cinématographique peu commune... Et puis l'Afrique y est plus ensorcelante que jamais !

3/ The Master

Une fois encore P.T. Anderson prouve qu'il est un grand réalisateur, dans la veine d'un Kubrick. Et Phoenix et Hoffman y montre aussi toute la démesure de leur talent.

4/ Zero Dark Thirty

Après avoir bien décortiqué le film, les injustes procès qu'il a reçu sur sa complaisance sont réellement infondés. Bigelow, après Démineurs, apporte une fois encore l'humain là où ne l'attendais pas vraiment. Et puis rien que la dernière partie du film est un morceau de bravoure à lui tout seul...

5/ Django Unchained

Tarantino ne continue pas de surprendre tout en étant égal à lui-même et dans la veine de ses précédents films. Et si la tournure historique qu'il a pris depuis quelques films n'est pas pour nous déplaire, c'est que, sous des aspects un peu travestis, le cinéaste met "sur la table" quelques systèmes de représentations peu évidents à approcher...

6/ A la merveille

Malick rapproche ses films et ce n'est pas nous qui nous en plaindrons. On peut voir dans A la merveille, des similitudes évidentes avec Les Moissons du ciel, mais à chaque fois, le cinéaste sait nous plonger dans la contemplation et le lyrisme avec une maestria peu égalée !

7/ Zulu

Quelle agréable surprise que ce film réalisé par un français, tourné en Afrique du Sud avec des acteurs anglo-saxons dans les rôles principaux. Excellent thriller, sur fond d'histoire politique et historique. Bien plus que réussi que je ne l'imaginais et dont j'ai gardé beaucoup de réflexions bien après l'avoir vu...

8/ Snowpiercer

Décidément BONG Joon-ho réussit tout ce qu'il entreprend. Du film policier "classique" (Memories of Murder) au drame humain (Mother), en passant par le film de monstres (The Host), il continue de nous convaincre avec cette adaptation réussie d'une BD de SF française. Le casting y est excellent et la portée politique de la conclusion finale est assez surprenante...

9/ Lincoln

Spielberg est certainement le cinéaste le plus connu actuellement dans le monde et il n'est pas étonnant qu'il puisse se permettre de s'attaquer à des sujets aussi "gigantesques" que pouvait l'être celui-ci. Mission réussie à mon humble avis pour un film non pas sur l'abolition de l'esclavage ou même sur la personne du président américain, mais bien sur ce que c'est que La Politique (même si elle représentée il y a plus d'un siècle)...

10/ Gravity et Pacific Rim, ex aequo

Deux films visuels avant tout : pas de message, pas de visions du monde ou de sa société particulière. Juste l'envie de l'esbrouffe visuelle et cinématographique.

Avec Gravity, Cuaron confirme qu'il est l'un des très grands faiseurs d'image et de mise en scène actuels, au côté d'un James Cameron ou d'un de Palma dans sa belle époque. La mise en scène "aérienne" et un usage pertinent de la 3D nous emportent avec dérive dans cette aventure visuelle exceptionnelle. Alors oui, le scénario est plat, mais le postulat de départ du film est tel qu'il serait injuste de lui donner d'autres ambitions et de ne pas le prendre pour ce qu'il est simplement : un divertissement réussi et une ambiance visuelle à couper le souffle...

Del Toro a sans conteste un univers bien à lui et même lorsqu'il s'inspire d'univers pré-existants, il sait toujours se les approprier. Avec Pacific Rim, c'est encore une fois chose faîte et si, ici aussi, on peut déplorer un scénario convenu et particulièrement peu amène, quelle jubilation l'on ressent devant des effets visuels aussi réussis au service de la reconstitution de délires de geeks, nourris au kaijû eiga et au cinéma d'animation japonais des années 70 à 90.