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Icone de publication2013 – Top Ten des films vus en salle

Auteur : | Publié le

Catégorie : Cinéma

De nouveau en ce début d’année, je vais me plier au jeu du Top Ten des films que j’ai vu en salles en 2013 (ne seront donc pas inclus les découvertes en DVD, BR, VOD ou à la télé). Cette fois-ci cependant, une petite entorse a été admise, puisque deux ex-aequos se partagent la dixième place.

Comme chaque année aussi, je vais essayer de commenter ce classement par une ou deux phrases rapides, forcément réductrices, mais s'efforçant de traduire au maximum mon engouement pour le film.

1/ The Grandmaster

The Grandmaster

Après une absence prolongée et un film en demi-teinte (My Blueberry Nights), WONG Kar-wai revient plus talentueux que jamais, dans un film hommage somme, qui va bien au-delà de ses images superbes et de sa mise en scène maniérée.

2/ Tabou

Tabou est une oeuvre dont les profondeurs thématiques, esthétiques et poétiques sont telles qu'on ne peut que s'y perdre avec délectation, pour en ressortir différent, transformé par une expérience cinématographique peu commune... Et puis l'Afrique y est plus ensorcelante que jamais !

3/ The Master

Une fois encore P.T. Anderson prouve qu'il est un grand réalisateur, dans la veine d'un Kubrick. Et Phoenix et Hoffman y montre aussi toute la démesure de leur talent.

4/ Zero Dark Thirty

Après avoir bien décortiqué le film, les injustes procès qu'il a reçu sur sa complaisance sont réellement infondés. Bigelow, après Démineurs, apporte une fois encore l'humain là où ne l'attendais pas vraiment. Et puis rien que la dernière partie du film est un morceau de bravoure à lui tout seul...

5/ Django Unchained

Tarantino ne continue pas de surprendre tout en étant égal à lui-même et dans la veine de ses précédents films. Et si la tournure historique qu'il a pris depuis quelques films n'est pas pour nous déplaire, c'est que, sous des aspects un peu travestis, le cinéaste met "sur la table" quelques systèmes de représentations peu évidents à approcher...

6/ A la merveille

Malick rapproche ses films et ce n'est pas nous qui nous en plaindrons. On peut voir dans A la merveille, des similitudes évidentes avec Les Moissons du ciel, mais à chaque fois, le cinéaste sait nous plonger dans la contemplation et le lyrisme avec une maestria peu égalée !

7/ Zulu

Quelle agréable surprise que ce film réalisé par un français, tourné en Afrique du Sud avec des acteurs anglo-saxons dans les rôles principaux. Excellent thriller, sur fond d'histoire politique et historique. Bien plus que réussi que je ne l'imaginais et dont j'ai gardé beaucoup de réflexions bien après l'avoir vu...

8/ Snowpiercer

Décidément BONG Joon-ho réussit tout ce qu'il entreprend. Du film policier "classique" (Memories of Murder) au drame humain (Mother), en passant par le film de monstres (The Host), il continue de nous convaincre avec cette adaptation réussie d'une BD de SF française. Le casting y est excellent et la portée politique de la conclusion finale est assez surprenante...

9/ Lincoln

Spielberg est certainement le cinéaste le plus connu actuellement dans le monde et il n'est pas étonnant qu'il puisse se permettre de s'attaquer à des sujets aussi "gigantesques" que pouvait l'être celui-ci. Mission réussie à mon humble avis pour un film non pas sur l'abolition de l'esclavage ou même sur la personne du président américain, mais bien sur ce que c'est que La Politique (même si elle représentée il y a plus d'un siècle)...

10/ Gravity et Pacific Rim, ex aequo

Deux films visuels avant tout : pas de message, pas de visions du monde ou de sa société particulière. Juste l'envie de l'esbrouffe visuelle et cinématographique.

Avec Gravity, Cuaron confirme qu'il est l'un des très grands faiseurs d'image et de mise en scène actuels, au côté d'un James Cameron ou d'un de Palma dans sa belle époque. La mise en scène "aérienne" et un usage pertinent de la 3D nous emportent avec dérive dans cette aventure visuelle exceptionnelle. Alors oui, le scénario est plat, mais le postulat de départ du film est tel qu'il serait injuste de lui donner d'autres ambitions et de ne pas le prendre pour ce qu'il est simplement : un divertissement réussi et une ambiance visuelle à couper le souffle...

Del Toro a sans conteste un univers bien à lui et même lorsqu'il s'inspire d'univers pré-existants, il sait toujours se les approprier. Avec Pacific Rim, c'est encore une fois chose faîte et si, ici aussi, on peut déplorer un scénario convenu et particulièrement peu amène, quelle jubilation l'on ressent devant des effets visuels aussi réussis au service de la reconstitution de délires de geeks, nourris au kaijû eiga et au cinéma d'animation japonais des années 70 à 90.

Icone de publicationUn film de prison et quelques autres...

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Catégorie : Cinéma

Un film qui arrive 10/15 ans trop tard, mais qui, somme toute, se laisse regarder. Un film qui égrène les heures comme on tourne une molette de batterie de camping. Un film qui parle de trahison et d'amour (en fait deux films...). Mes derniers visionnages m'ont donné l'envie de m'arrêter sur des instantanés, des scènes ou séquences qui selon moi, rachète ou pardonne un film quand celui-ci n'est pas bon ou pas vraiment abouti... J'avais écrit il y a quelques années de cela, un article sur la rédemption d'un film... A croire que mes vieilles marottes ont la vie dure !

Pour un monologue en allemand et une fusillade !

En allant voir Evasion, je ne m'attendais pas à grand chose. Si la perspective de voir enfin réunis dans un même film, Stallone et Schwarzie, avait déjà été comblée, il faut reconnaître que c'était là le principal attrait que je trouvais à cet objet filmique, en plus de celui d'être une sorte de huis clos se déroulant dans un environnement que le cinéma américain apprécie particulièrement, l'univers carcéral.

Sorti dans une indifférence quasi générale (du moins en France), Evasion est un film qui a quasiment 10/15 ans de retard. Pas tant sur la forme que sur le fond. Etrangement, c'est un film très premier degré. Etrangement, parce que ses prédécesseurs (je pense ici par exemple aux deux Expendables), ne l'étaient pas et pour cause : comment revenir à un cinéma et à ses "héros" après plusieurs décennies de déclinaisons en tous genres, d'errances et d'égarements des uns et des autres (Stallone, Schwarzie, Willis, Van Damme, Chuck Norris, etc.) en choisissant de le faire au premier degré. Une nécessaire distance, une certaine ironie pour ne pas dire un franc cynisme devait obligatoirement parcourir ces oeuvres.

Rien de tout cela dans Evasion, le film est très premier degré, et les références sont très rares et agréablement bien choisies. Celle qui m'a amusé au plus haut point, est certainement la séquence de fusillade vers la fin du film, lorsque Schwarzie attrape la mitrailleuse de l'hélicoptère. Peut-être que le côté sérieux de tout le début du film m'a aidé ici à d'un seul coup franchir ces barrières et à me retrouver plongé trente ans en arrière, devant ces scènes mythiques de Commando où les soldats tombaient par centaines sous les balles de Schwarzenegger. Loin de moi l'idée de faire l'apologie d'une certaine violence au cinéma (quoique... il faut revoir John Rambo et son hommage à peine déguisé aux films d'action des années 80), mais il faut lui reconnaître un certain cachet graphique et visuelle, que le cinéaste d'Evasion a su ramener à ce moment précis de son film...

La seconde scène qui m'a particulièrement réjouie dans Evasion est celle où Schwarzie doit attirer l'attention dans le mitard, pendant que Stallone cherche une sortie dans sa propre cellule. L'acteur, d'origine autrichienne, récemment gouverneur de Californie (toujours se rappeler cela maintenant que l'on prend le temps de voir un film avec lui, tourné après la fin de son mandat, c'est très important...), se met à déclamer en allemand une longue tirade. Sous l'emprise d'une douce folie (simulée bien entendu), cette scène (comme me le faisait remarquer un ami) n'est pas sans rappeler les accents psychotiques et/ou névrotiques, que l'acteur a parfois su insuffler à certains de ses personnages de par le passé (on pourrait ici penser à Total Recall ou encore certaine scènes de True Lies ou Last Action Hero).

Finalement, d'Evasion, l'on ne retiendra pas grand chose : un film arrivé trop tard, trop premier degré pour être pris au sérieux aujourd'hui (sic !), un Jim Caviezel qui fait un méchant redoutablement inquiétant mais qui cabotine quelque peu, des acteurs principaux efficaces mais vieillissant, sauf peut-être dans ce qu'ils nous rappellent de bons et de grands dans ce qu'ils ont pu être, et, qui sait, le seront peut-être encore demain...

 

Evasion

 

Une molette, des trahisons et la rédemption

Parmi les derniers films que j'ai vu, je voudrais ici revenir sur trois d'entre eux : Hours de Eric Heisserer, Closer de Mike Nichols et Shadow Dancer de James Marsh, et dans une moindre mesure, je pourrai aussi citer Seven Days in May de John Frankenheimer. A l'exception du premier (et encore...), tous font état d'un acte humain particulièrement vil, la trahison.

En catastrophe, un geste répétitif et une vie...

Commençons donc par l'exception, pour expliquer aussi pourquoi je ne pus résister à la tentation de découvrir ce film avec Paul Walker. Premièrement, tous ceux qui me connaissent savent très bien qu'il m'est très difficile de ne pas succomber à un film catastrophe, aussi attendu et mauvais soit-il... C'est une faiblesse que je reconnais systématiquement et dont j'ai beaucoup de mal à me départir, mais ma lucidité en la matière me permet aussi de reconnaître la nullité de certaines de ces oeuvres. Ensuite, la récente disparition de l'acteur américain, dans une démarche morbide complètement assumée, m'a poussé à vouloir voir ou revoir un film le mettant en scène. Lorsque Hours s'est donc présenté à moi, je n'ai pu résister. De film catastrophe, l'on ne voit quasiment rien, ou quelques images issues des caméras de télévision américaine couvrant Katrina à l'époque. Mais dans l'ambiance, cela fonctionne. On pourrait presque se croire dans un film apocalyptique tant la désertion de la ville de la Nouvelle Orléans s'y prête à "merveille".

Cependant, le film véritablement est un huis clos, entre un père veuf et son bébé prématuré qui vient de naître, dont la survie ne tient qu'à une machine d'aide respiratoire, fonctionnant sur batterie à partir du moment où l'hôpital se retrouve sans électricité. Tout l'enjeu dramatique du film repose sur la constante nécessité par le héros de recharger la batterie de la machine à l'aide d'une molette, et ce toutes les trois minutes, puisque la batterie défaillante ne peut en emmagasiner plus. Le film se présente donc comme l'éternelle répétition d'un geste salvateur, d'un père envers sa fille. Et l'enchaînement d'un homme à un lieu dont l'espace physique est contraint par le fait qu'il ne peut s'éloigner de son centre pas plus d'une minute trente, puisque c'est le temps qui lui faudra ensuite pour y revenir, avant que le décompte fatal ne puisse se terminer. Le film présente donc une succession d'échecs d'arc de narration et de "triches elliptiques" (comme dans tout film qui se soumet à des contraintes spatio-temporelles radicales, cf. la série 24 comme exemple parfait), comme axiome de sa dramatisation. On aura trouvé évidemment plus excitant. Cependant, cela marche quand même car l'enjeu est de taille, il est question de survie et non pas de la sienne propre, celle d'un personnage principal, dont on comprendrait aisément qu'il puisse abandonner, mais celle d'un enfant, que dis-je d'un bébé, dont l'innocence inquestionnable est l'impérieux message d'action à son père à tout instant d'agir et d'être acteur de son avenir.

 

hours

 

Des trahisons, en veux-tu, en voilà...

Les autres films mettent tous en scène l'acte de trahison : d'une rebelle de l'IRA envers son organisation dans Shadow Dancer, puis contre sa nouvelle hiérarchie anglaise, d'hommes et de femmes dans leurs couples respectifs dans Closer, ou bien de généraux envers le Président des Etats-Unis dans Seven Days in May, la trahison est partout et moteur de toute chose. Elle est le ferment de la narration et la motive d'un bout à l'autre de chacun d'entre eux. La question qui surgit dès lors est la suivante : une fois la trahison vécue et assumée, est-il possible de s'en sortir ? Est-il possible de faire marche arrière ? Est-il possible d'avoir un autre mode de fonctionnement ensuite ? La réponse est évidemment non, sauf chez Frankenheimer. Mais les écarts d'époque et de croyance en une morale supérieure sont très certainement les raisons d'une telle disparité de réponse à ces questions. L'époque moderne et contemporaine, avec tout son cynisme ne peut s'empêcher de noircir le tableau. En 1963, il était encore possible de proposer autre chose qu'un point de vue cynique (même si ceux ci ne manquaient déjà pas).

Ainsi donc, pour Mike Nichols et James Marsh, l'acte de trahison est fondateur de narration. Il est ce qui déclenche toute idée de récit. La trahison de Natalie Portman de ne pas donner son véritable nom au début de Closer (mais que l'on ne comprend qu'à la fin - dans un misériable effet de twist d'ailleurs), est le germe qui permettra toutes les autres, car ainsi comment batîr quelque chose sur de l'inconsistant, du faux... Dans Shadow Dancer, la "trahison" initiale, c'est celle du personnage principal, qui jeune fille, refuse de respecter la demande de son père (ah les rapports pères-filles au cinéma sont-ils si rares et étranges tout le temps...?) et confie la tâche d'acheter des cigarettes à son plus jeune frère, et dont le meurtre ensuite la poursuivra toute sa vie comme sa plus grande faute et sa plus grande culpabilité. N'est-il pas étonnant dès lors qu'elle soit capable de trahison, non pas seulement parce qu'elle souhaite le meilleur pour son propre fils, mais parce qu'ainsi elle se place forcément dans la place de celle qui sera inéluctablement et véritablement coupable de quelque chose, ne serait-ce qu'à ses yeux à elle seulement...

 

shadow dancer

 

Chez Frankenheimer, c'est différent, même si la trahison est partout. Et bizarrement, avant d'être chez les généraux qui veulent renverser le Président, elle est surtout présente dans le personnage principal, incarné par Kirk Douglas, du colonel qui décide de trahir sa hiérarchie, au lieu peut-être de la confronter. Chez le cinéaste américain, cette trahison initiale est celle nécessaire par laquelle le "Bien" peut advenir, car sans elle point de salut ou d'échappatoire et la trahison en devenir que fomentaient les généraux auraient alors pu aboutir. On voit bien ici que si cynisme il y a, il est relégué au second plan, chez quelques personnages secondaires. Douglas souffre d'avoir trahi, même pour une bonne cause, et il souffrira moins que les personnages des films de Nichols ou de Marsh, car il trahit avant tout pour cette bonne cause, qui le dépasse lui, simple individu. Finalement, le cinéma de Frankenheimer à ce moment là, alors même que Seven Days in May est contemporain de l'assissanat de Kennedy, est moins individualiste que le cinéma moderne ne peut l'être devenu... Peut-être justement parce que depuis, des assassinats, comme celui de Kennedy, ont par trop marqué l'Amérique (et le monde Occidental plus largement) et que l'individualisme est devenu plus que de mesure, le mètre-étalon des enjeux et des relations humaines...

 

seven days in may