InscriptionMot de passe oublié

Icone de publicationQuelques notes sur des films récents

Auteur : | Publié le

Catégorie : Cinéma

Je vous propose quelques remarques rapides sur les derniers films que j'ai pu voir, bons ou mauvais, décevants ou surprenants, du moment que j'ai un p'tit quelque chose à dire dessus, je m'y emploie... Ce type de publication reviendra plus qu'à l'occasion, je l'espère. En attendant, bonne lecture !

Une certaine idée de la mort

Si l'association eros et thanatos est une évidence, il faut reconnaître qu'elle est particulièrement bien mise en image et en scène dans L'Inconnu du lac d'Alain Guiraudie. La tension sexuelle qui parcourt tout le film est sous-tendue par celle de mort qui explose (littéralement à la fin du film d'ailleurs de la blessure d'un des personnages) par moments au gré de l'intrigue. Ces deux tensions renvoient à celles qui plus délicatement s'offrent à la découverte du spectateur, celle de l'amour et de l'amitié. Guiraudie semble nous dire qu'on peut tuer comme on "baise", qu'un pas seulement sépare l'un de l'autre, comme un pas seulement séparerait l'amour de l'amitié. Mais il ne s'agit que de vraisemblance. En fait de mort et de sexe, il en va de choses bien différentes et dont la seule pulsion animale est le point commun. Il en est aussi de même entre amour et amitié. On tombe amoureux, alors que l'on cultive une amitié... Pas étonnant que le cinéaste choisisse de placer son récit dans le milieu homosexuel volage des "arrière-plages" nudistes. Il y a quelque chose de profondément animal dans la sexualité de l'homme (qu'il soit hétéro ou homo), que la société ne permet pas de retrouver facilement chez les personnages féminins, au risque souvent sinon, malheureusement, de les déconsidérer aux yeux des spectateurs.

Mais ce qui transcende cette banale histoire de "serial-killer" finalement et qui accompagne cette tension entre beauté et danger, c'est le choix d'un paysage à la fois paisible (le lac, le calme de l'eau plate, la nudité de la plage) et ses alentours "sauvages" (la forêt, la rocaille, les collines abruptes au loin). Le premier meurtre, dans ce plan séquence voyeur formidablement tenu de bout en bout, qui fait jusqu'à oublier au spectateur que le cinéaste l'a placé en position de voyeur, pour finalement, le confronter au statut de témoin, se perd dans l'immensité du lac et dévoile la question que semble poser le titre du film. Finalement qui est l'inconnu ? La victime ? Le tueur ? Les amants passagers des uns et des autres ? Ou peut-être plus simplement, le spectateur, seul "personnage" du film à être témoin sans être impliqué. D'où cette fin abrupte et surprenante quand on la découvre, mais coincidant parfaitement avec cette idée que le spectateur n'est qu'un témoin et que l'on ne peut pas être témoin de tout...

Quand il est question d'images...

Parmi les derniers films que j'ai regardé, beaucoup ont ramené chez moi la question, auparavant centrale dans mes réflexions, de la prépondérance de l'image et de ses effets, par rapport à la narration et le récit. Bien évidemment, je ne renie pas une évolution progressive de ma pensée de cinéphile, celle qui s'accorde sur l'idée qu'un film est un tout, dépassant la somme de ses parties, mais cette irrémédiable question de la rédemption des films (cf. un de mes posts précédents sur mon ancien blog) est le plus souvent passée par l'image.

Si le dernier film d'Andrew Niccol, Les Âmes vagabondes, n'arrive pas à la hauteur de ses premières oeuvres, on retrouve quand même sa capacité à créer visuellement, à partir de peu de choses, un univers alternatif au nôtre. Beaucoup de cette démarcation se joue dans les oppositions urbaines/paysages désertiques, mais aussi dans les costumes et le jeu des comédiens. Mais là où cela est le plus flagrant selon moi se situe dans la caméra et ses mouvements. Le film est posé, calme, jusque dans les ralentis qui filme les deux accidents de voiture. Ainsi le cinéaste fait la part belle à l'image pour faire rentrer le spectateur dans un autre univers, ce qui est; à mon sens, la première des priorités lorsque l'on est dans un récit de science-fiction...

 

En revoyant Mad Dog and Glory, là aussi je suis revenu à mes premiers amours. D'abord l'importance du cadre dans ce film, où la circulation entre images fixes et images en mouvements par le biais de l'agencement du cadre est explicitement amenée dans le film par le travail du personnage de Robert De Niro. Ce fut aussi l'occasion de repérer une autre circulation :  la question de la nature dans la jungle urbaine qu'est la ville de Los Angeles, lorsque le personnage de De Niro raconte comment il a "croisé" un cerf dans les rues de la ville : je ne pus m'empêcher alors de songer au coyote de Collateral chez Michael Mann, pour ne citer que celui-là...

Ce cadre qui compose l'image et dans lequel on peut faire rentrer tour à tour un cerf, des morts, un couple qui fait l'amour derrière une fenêtre aux rideaux transparents, un numéro de danse près d'une victime d'homicide, ce cadre, on peut dire qu'il est le film, puisqu'il capture (comme une photo capture un instant) les personnages pour les emmener vers leur irrésistible destin : Mad Dog est prédestiné par son surnom mal attribué à finalement sortir de ses gonds, Glory est le "prix" tant attendu de cette embardée romantique dans laquelle elle embarque Mad Dog. Par définition, rien n'arrive hors-champ, puisque le cadre est le film, à l'exception, par moments, du combat entre les "amis" des deux protagonistes principaux. Mais ce combat n'étant qu'une répétition avant celui de la fin, impliquant cette fois-ci les bons personnages, on comprend dès lors que l'enjeu dans le cadre n'est pas de voir le combat dans son intégralité, mais plutôt ce qui se trame dans ceux qui en sont les instigateurs...

Icone de publicationDu son comme renouveau

Auteur : | Publié le

Catégories : Anime | Cinéma

J'ai tardé à publier un nouveau post pour la bonne et simple raison que j'ai eu du mal à avoir envie d'écrire sur un quelconque sujet... Et puis voilà, que depuis que j'ai vu Le vent se lève de MIYAZAKI, je ne peux m'empêcher d'y penser, d'y revenir dans ma tête.
Enjoy !

Qui sème le vent, récolte la...

Je n'imagineais pas, en allant voir le dernier film de MIYAZAKI, que je serai à ce point surpris par son traitement sonore. On ne peut pas dire que cet exercice fasse partie de ceux qui collent le plus à l'esthétique du cinéaste, à l'opposé d'un Tarantino, pour citer le premier qui me vienne à l'esprit. Je ne parle évidemment pas (que ?) de la bande originale (signée par son camarade de toujours HISAISHI).

Je veux adresser ici les différents effets sonores que le film utilise, en particulier ceux pour retranscrire les sons des vieux coucous. Les sons ont une texture particulière, comme si ils sortaient d'une bouche. Le souffle, le "crachat" d'un moteur qui démarre, le bruit des "ailes" face au vent : on est plongé dans un univers de bruitages "artisanaux" qui ont eu plusieurs effets sur moi.

Le premier fut d'attribuer une dimension organique, vivante, aux machines volantes que le cinéaste mettait en scène. Rien d'étonnant finalement quand on sait que MIYAZAKI est un défenseur impliqué sur les questions écologiques : rendre les machines plus vivantes qu'elles ne peuvent l'être, c'est peut-être refuser une partie de leur artificialité. Il donne ainsi à ces bêtes mécaniques un accent mythologique immédiat en les affublant de sons et de bruits appartennant au règne humain et animal... Le deuxième effet était de renvoyer au côté artisanal de ces appareils par le côté artisanal des bruitages que le réalisateur avait choisi d'utiliser pour leur donner "vie" de manière sonore. Le dernier effet fut de prolonger l'ambiance de rêve d'enfant que le film défend par le fait que ces sons sont comme ceux d'un enfant qui imiterait les bruits d'un avion à hélices. Ces effets ne se limitent pas aux seuls objets mécaniques, le tremblement de terre, l'incendie qui s'en suit, sont également traités de cette façon, mais pour le coup, nous revenons là à des usages plus habituels du son chez le cinéaste japonais.

Par ailleurs, MIYAZAKI utilise plusieurs fois durant le film des effets de montage sonore assez particuliers, comme le chevauchement sonore d'une scène à l'autre ce qui, là encore, ne lui ressemble pas tant que cela. Je me demande dans quelle mesure ce traitement du son particulier n'est pas à rapprocher plus sérieusement du sujet de fond du film, à mon sens : un homme complètement obnubilé par son rêve d'enfance, prêt à y sacrifier sa vie amoureuse, sa vie personnelle, ses raisonnements moraux ou ses positions idéologiques. En cela, le travail sonore sur le film ajoute à d'autres idées de mise en scène (comme l'omniprésence de la dimension onirique), l'idée d'un univers fermé, clos dans lequel évolue le personnage principal et relativement hermétique au monde qui l'entoure ou du moins dont la perméabilité est toute relative et sujette à caution.

Poster japonais de Kaze tanuchi